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Le Traitement en Routine de Fistule Obstétricale désormais disponible à Ngaoundéré

Grâce à l’appui en formation du personnel et en dotation d’équipements et de matériel médical du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA), l’Hôpital Protestant de Ngaoundéré (HPN) fait désormais partie des hôpitaux outillés pour assurer la prise en charge en routine des patientes de Fistule Obstétricale (FO).  Le centre a réussi entre janvier et mars 2021 à réaliser avec succès 14 opérations de filles et femmes atteintes de cette affection, communément appelée maladie de la honte au sein des communautés de la région de l’Adamaoua. Cette performance compte parmi les résultats du projet gouvernemental d’Appui à la Santé Maternelle, Néonatale et Infantile (PASMNI) financé par la Banque Islamique de Développement et mis en œuvre depuis 2018 par UNFPA.


Séance de suivi psychologique avec une survivante de FO.
Photo/Lea Monda,UNFPA 2021

Les femmes et filles réparées de fistule obstétricale sont âgées entre 16 et 75 ans. Elles ont été référées à l’HPN pour recevoir des soins adaptés pour un mal qu’elles trainaient depuis près de 20 ans pour certaines. Après confirmation du cas de FO, chaque patiente a eu un accompagnement psychologique préparatoire à l’opération. Il en est suivi une évaluation à la réinsertion sociale post-traitement médical.

Dame Tchouto Suzanne fait partie des 14 femmes et filles ayant obtenu la guérison à l’HPN. Depuis un an et demi, elle avait porté une FO sans espoir fondé de s’en sortir.

Elle l’avait contracté à la suite d’un travail prolongé de deux jours lors de sa dernière grossesse. Une césarienne met fin à ses souffrances, mais son bébé meurt avant d'avoir vu la lumière du jour. Maman de cinq enfants et âgée de 39 ans, elle a développé une FO qui a bouleversé sa vie et son foyer « J’étais mariée. Maintenant nous sommes séparés à cause de cette maladie. Mon mari m’a chassée du foyer en me demandant d’aller me débrouiller à trouver une solution à mon problème. » dit-elle. Une situation très choquante pour les enfants, « Mon fils m’a demandé, maman, avant tu n’étais pas comme ça mais maintenant tu dégages des odeurs tout le temps. Qu’est ce qui s’est passé ? et cela m’a fait très mal. J’en ai même pleuré. » raconte-elle.


Madame Tchouto après
son opération.Photo/Lea Monda,
UNFPA 2021

C’est grâce à une de ses sœurs basées à Ngaoundéré que Dame Tchouto a été informée d’une annonce radio faisant état d’une prise en charge gratuite de la FO à l’HPN. Déterminée à trouver les fonds pour se faire soigner, elle a obtenu un travail de ménagère chez une connaissance consciente de sa situation. Une fois les fonds suffisants pour le déplacement, cette résidente de Yaoundé a entrepris le voyage d’environ 623 km pour Ngaoundéré, à la recherche de la guérison. « J’ai acheté les couches jetables pour adultes et c’est grâce à ça que j’ai pu voyager sans mettre mes voisins mal à l’aise. » Aujourd’hui, Dame Tchouto est guéri et prête à rentrer sur Yaoundé.

Depuis 2005, UNFPA accompagne le gouvernement dans la prise en charge des cas de Fistule Obstétricale. Jusque-là, la méthode privilégiée était l’organisation des campagnes de réparation gratuite dans des sites choisis au préalable et sur une période donnée. Elle mobilisait des équipes d’experts venus de diverses parties du pays et appeler à se déplacer vers les sites de campagne. Cette méthode fort lourde en termes de mobilisation de ressources humaines, logistiques et financières ne permettait pas toujours de couvrir tous les besoins en services obstétricaux, vue la difficulté pour certaines patientes d’effectuer le déplacement à temps vers les sites choisis.


Cérémonie de remise d'équipements
pour la prise en charge de la FO à la Délégation Régionale de la Santé Publique
de l'Adamaoua. Photo/UNFPA 2020.

A partir de 2019, toutefois, dans le cadre de la mise en œuvre du PASMNI, UNFPA accompagne le gouvernement à mettre sur pied les équipes de traitement de la FO en routine. Ainsi, 12 équipes formées et permanentes ont été mises sur pied dans les formations sanitaires des régions de l’Extrême-Nord, du Nord, de l’Adamaoua, de l’Est et du Centre. Dorénavant, la longue attente de l’annonce d’une campagne de réparation ou la peine ressentie à la prise de connaissance tardive du déroulement d’une campagne ne fera plus partie du vécu des femmes et filles de l’Adamaoua.

Outre l’Hôpital Protestant de Ngaoundéré qui est une référence avec son centre de réparation de Fistules obstétricales (CRFO), l’Hôpital Régional de Ngaoundéré et l’Hôpital de District de Ngaoubela seront désormais dotés de personnel qualifié et de matériel adéquat pour la prise en charge régulière et continue des cas de FO dans la région. Tout ceci pourrait permettre au pays de mettre fin à la FO d’ici 2028, conformément à l’Agenda fixé dans le cadre de la campagne mondiale « End Fistula » à laquelle le Cameroun adhère.