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Réponse à l’extrémisme violent dans la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun : L’UNFPA donne de l’espoir aux jeunes affectés par l’extrémisme violent à l’Extrême-Nord

29 Janvier 2018

En raison de sa proximité géographique avec le Nigéria, la région de l’Extrême-Nord du Cameroun subit de plein fouet l’impact de la crise sécuritaire qui secoue ce pays limitrophe en proie aux exactions de la secte terroriste Boko Haram (BH). Depuis 2013, cette crise a forcé plus de 90,000 nigérians à se réfugier dans la région et a fait environ 241,987 personnes déplacées internes (PDI). En raison de leur vulnérabilité, les adolescents et les jeunes sont les plus exposés aux exactions et par les risques d’enrôlement dans les bandes armées. UNFPA s’est proposé depuis 2016 à renforcer la résilience de ces jeunes face à l’extrémisme violent dans la région.

« Je dormais sur les montagnes pour éviter d’être attaquée dans la nuit, à présent, j’ai un toit. Avant j’avais peur de me faire enlever en allant puiser de l’eau seule, maintenant, j’ai de l’eau à ma portée…J’ai appris la couture… », raconte Sylvie, 19 ans. Son témoignage n’a pas laissé indifférente la délégation de l’Ambassade de France, conduite par Philippe Larrieu, Ministre Conseiller, venue visiter Saare Tabitha le 11 décembre 2017 à Maroua dans le cadre du partenariat avec l’UNFPA, sur la résilience des jeunes à l’extrémisme violent à l’Extrême-Nord du Cameroun.

Sylvie, 19 ans est une des 30 adolescentes « placées » pour accompagnement en 2016 à Saare Tabitha par l’UNFPA dans le cadre de sa contribution à la réponse nationale contre l’extrémisme violent dans la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun. Elle a rejoint le centre grâce au projet cohésion sociale mené conjointement avec le PNUD et financé par la coopération japonaise. Plus d’un an après son arrivée dans ce centre, la jeune adolescente, troisième d’une fratrie de 7 enfants reprend peu à peu confiance et regarde l’avenir avec espoir.

Comme nombre de ses pairs, Sylvie est une victime de la crise sécuritaire et humanitaire qui secoue la Région de l’Extrême-Nord depuis 2014. Son village a été attaqué et toute sa famille a fui vers les montagnes. Elle a été identifiée par les relais communautaires et référée à Saare Tabitha où elle a accepté de suivre un accompagnement psychosocial et une formation vocationnelle avec l’appui du projet Cohésion Sociale. De façon globale, les interventions de l’UNFPA dans le cadre de ce projet, ont permis de sensibiliser 1750 jeunes dans les écoles coraniques (madrassa) et les écoles des communes de Mokolo, Tokombéré et Logone-Birni sur la paix et le vivre-ensemble. De même, 103 autres adolescents affectés de façon particulière par les exactions de Boko-Haram ont bénéficié d’un accompagnement psychosocial qui aboutira à leur réintégration familiale et communautaire. Pour y arriver, l’UNFPA a opté pour une approche communautaire, en impliquant les animateurs communautaires, les leaders traditionnels et religieux et les responsables locaux. Ceux-ci ont vu leurs capacités renforcées en gestion et animation des activités socioéducatives sur la prévention de la radicalisation. « La formation que nous avons reçue, m’a permise de revoir mon regard sur la vie avec autrui et d’approfondir mes recherches sur la cohésion intercommunautaire sur la base des traditions prophétiques », affirme Houstaz Hamadou, encadreur d’une école coranique (madrassa) à Mokolo. 

 

Timide mais confiante, Sylvie brandit avec fierté son progrès : « j’ai eu 15/20 de moyenne pour passer en deuxième année… » confie-t-elle à notre équipe, le sourire aux lèvres avant d’égrener le chapelet des choses qu’elle a appris à faire notamment la couture, la teinture et la cuisine. En dehors de ces aspects pratiques, qui permettront aux apprenantes de s’installer, « le centre renforce aussi leurs capacités en leadership et gestion des petites affaires », confie Doudou Emilienne, assistante sociale dudit centre.

Si la situation de Sylvie semble s’améliorer, elle reste néanmoins préoccupée par l’après-formation et le sort de ses frères et sœurs restés à Zelevet. « Si mes sœurs pouvaient me rejoindre ici… » a-t-elle plaidé la voix triste, le regard au sol. Ce plaidoyer est renforcé par Amza Souley, jeune bénéficiaire de 26 ans à Mokolo : « J’ai appris comment m’adapter avec les autres membres de ma communauté, je souhaite que ce programme pense aux jeunes des zones reculées de ma Commune qui sont les plus exposés». Grâce au financement de l’Ambassade de France  Sylvie et Amza pourraient voir leur vœu se réaliser. Le partenariat entre l’ambassade de France et l’UNFPA vise en outre à renforcer la résilience des jeunes face à l’extrémisme violent tout en œuvrant pour la cohésion sociale. Il aura pour vocation à s’adapter à la situation évolutive marquée par le retour des ex-otages et ex-combattants en adéquation avec les priorités définies par les autorités locales. Les interventions à déployer s’inscriront dans une approche intégrée qui mettra l’accent sur la participation des acteurs locaux pour une réponse durable.

 

Par Soilihou Mforain